Aujourd’hui, on estime qu’il se consomme environ 5 milliards de pizzas par an dans le monde. De New York à Tokyo, en passant par Buenos Aires et Paris, ce disque de pâte garni est devenu le plat universel par excellence. Mais comment un plat de pauvres, né dans les ruelles bruyantes du sud de l’Italie, a-t-il réussi à conquérir la planète entière ? Découvrez dans cet article l’histoire fascinante de la pizza, une épopée qui mêle royauté, immigration et mondialisation.
Les origines antiques : le pain plat
Bien avant la pizza telle que nous la connaissons, les civilisations antiques consommaient déjà des pains plats garnis. Les Égyptiens, les Grecs et les Romains mangeaient des sortes de focaccias agrémentées d’huile d’olive, d’herbes, d’ail ou de fromage.
Cependant, l’ingrédient magique manquait encore à l’appel : la tomate. Originaire d’Amérique du Sud, elle n’arrive en Italie qu’au XVIe siècle. Longtemps suspectée d’être toxique et utilisée uniquement comme plante ornementale, elle finit par être adoptée par les classes populaires de Naples au XVIIIe siècle pour agrémenter leur pain sec. La proto-pizza était née.
Naples, le berceau de la tradition
C’est au XVIIIe et XIXe siècle, à Naples, que la pizza acquiert ses lettres de noblesse. À l’époque, c’est la « street food » des ouvriers et des marins (les lazzaroni). Elle est bon marché, nourrissante et se mange debout, pliée en quatre (a portafoglio).
L’histoire bascule en 1889. La légende raconte que le roi Humbert Ier et la reine Marguerite de Savoie (Margherita), en visite à Naples, souhaitèrent goûter à cette spécialité locale. Le plus célèbre pizzaiolo de la ville, Raffaele Esposito, fut convoqué au palais de Capodimonte. Il prépara trois pizzas, dont une garnie de tomates, de mozzarella et de basilic frais, pour rappeler les couleurs du drapeau italien (rouge, blanc, vert). La reine adora cette version patriotique. En son honneur, Esposito la baptisa « Pizza Margherita ». Le plat des pauvres venait d’entrer à la cour royale.
L’Amérique : le tremplin vers la gloire
Si la pizza est née à Naples, c’est l’Amérique qui en a fait une star mondiale. À la fin du XIXe siècle, une vague massive d’immigrants italiens débarque aux États-Unis. Ils emportent avec eux leurs recettes. En 1905, Lombardi’s, la première pizzeria officielle des USA, ouvre ses portes à New York.
Mais le véritable boom a lieu après la Seconde Guerre mondiale. Les soldats américains, stationnés en Italie, reviennent au pays avec un amour immodéré pour ce plat. La demande explose. Les Américains adaptent alors la recette : la pâte devient plus épaisse, les garnitures plus riches (pepperoni, poulet, ananas…) et les formats plus grands pour nourrir toute la famille.
L’industrialisation et la livraison
Dans les années 1960, l’invention de la chaîne du froid et des fours domestiques performants permet l’apparition de la pizza surgelée. En parallèle, des chaînes comme Domino’s ou Pizza Hut révolutionnent le concept avec la livraison à domicile. La pizza devient le symbole de la « comfort food » : le repas facile, convivial, que l’on partage devant la télé ou lors d’une fête. Elle s’adapte à toutes les cultures : au Japon, on y met des fruits de mer et de la mayonnaise ; en France, on ajoute de la crème fraîche et des lardons (la base blanche) ou du fromage de chèvre.
Retour aux sources : la reconnaissance UNESCO
Face à cette industrialisation massive, un mouvement de retour à la qualité a émergé. Les puristes ont voulu protéger l’art authentique. En 2017, une grande victoire est remportée : « L’art du pizzaiolo napolitain » est inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Cela a relancé l’intérêt pour la véritable pizza napolitaine : une pâte à longue fermentation, cuite 60 à 90 secondes dans un four à bois à 485°C, avec des bords gonflés (la cornicione) et des ingrédients D.O.P (Denominazione di Origine Protetta).
L’histoire de la pizza est celle d’une réussite improbable. C’est l’histoire d’un plat qui a su rester fidèle à ses racines tout en s’adaptant à tous les palais du monde. Qu’elle soit dégustée sur le pouce dans une ruelle de Naples ou livrée par drone dans une mégalopole futuriste, la pizza reste, et restera sans doute, le plat le plus aimé au monde.



